
Casa Orazcom ambitionne de développer un nouveau quartier au Lac Rose tout en préservant une vaste zone forestière. Mais si les promoteurs mettent en avant la dimension écologique du programme, de nombreuses incertitudes persistent concernant l’indemnisation des occupants, la régularité de certaines opérations foncières et les risques pesant sur un écosystème déjà fragilisé.
À la suite d’une séance de présentation organisée hier jeudi par les promoteurs, une visite du site a permis de détailler les contours du projet. Inscrit dans le périmètre du pôle urbain du Lac Rose, Ville verte repose sur un titre foncier public administré par la Direction de la Gestion et de la Planification Urbaine (DGPU). Mandatée par l’État, Casa Orazcom met en avant un schéma d’aménagement prévoyant la conservation de 90 hectares de forêt, répartis entre une large bande boisée de 40 hectares et une zone protégée en bordure immédiate du lac.
Selon Anta Seck, responsable environnementale du programme, « cette orientation a été définie en coordination avec le ministère de l’Environnement afin de répondre à la pression foncière croissante qui touche la région dakaroise ».
Pour limiter les nuisances liées au chantier, « une voie d’accès a été ouverte depuis le rond-point de Thiaroye-sur-Mer jusqu’à la VDN3 », a-t-elle expliqué. Les promoteurs assurent que cette piste demeurera ouverte au public et profitera aux quartiers environnants. Si des travaux préparatoires ont été engagés, aucun calendrier global n’a encore été communiqué pour la suite du projet.
Zones d’ombre et tensions foncières persistantes
Bien que Casa Orazcom affirme que la zone centrale du site était initialement vierge, l’entreprise reconnaît la présence d’installations informelles et de parcelles agricoles en périphérie. Une commission réunissant notamment la préfecture de Rufisque a d’ailleurs procédé au recensement des « impenses », c’est-à-dire des constructions et aménagements existants.
La question de l’indemnisation des occupants demeure l’un des dossiers les plus sensibles. Certains baux auraient été annulés par décret présidentiel, mais les modalités de libération effective du foncier restent floues, alimentant inquiétudes et contestations parmi les familles concernées.
Des mesures environnementales mises en avant
Pour réduire l’impact du chantier sur le Lac Rose, les promoteurs annoncent l’aménagement de bassins de rétention destinés à canaliser les eaux pluviales et à éviter leur ruissellement direct vers le plan d’eau. Une station d’assainissement doit également permettre le traitement et la réutilisation des eaux usées pour l’arrosage des espaces verts. Ces dispositifs visent notamment à protéger les ressources hydriques utilisées par les populations riveraines en particulier les femmes engagées dans les activités agricoles. Leur efficacité devra toutefois être évaluée à l’épreuve de l’urbanisation et de la fragilité du site. Abdoul Wahab Kane, directeur de Casa Orazcom Sénégal, résume l’ambition de Ville verte : « Ville verte est un projet porté par la Délégation générale à la promotion des pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose. Nous accompagnons cette initiative de longue date, qui vise à créer une ville nouvelle sur les berges du Lac Rose et de l’océan Atlantique. » Le site couvre 216 hectares et prévoit entre 7 500 et 10 000 logements, dans une ville pensée pour être inclusive et durable, intégrant la gestion des déchets, le traitement des eaux usées et des méthodes de construction respectueuses de l’environnement. Le coût global du programme est estimé à 761 milliards de francs CFA, incluant logements, voiries et infrastructures.
Un projet emblématique, mais sous surveillance
Présenté comme un modèle d’urbanisation durable, Ville verte participe au désenclavement d’un secteur longtemps difficile d’accès. Reste à déterminer si l’ambition affichée pourra se traduire dans les faits sans porter atteinte à l’écosystème du Lac Rose ni aux droits des populations déjà installées sur le site.
JEAN PIERRE MALOU










