Migration irrégulière : l’urgence d’un nouveau récit

Dakar accueille, depuis hier, un atelier national consacré à l’élaboration de messages stratégiques de lutte contre la migration irrégulière et de promotion des opportunités locales. Organisée par CIVIPOL, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique et la Délégation de l’Union européenne au Sénégal, cette rencontre qui se poursuit aujourd’hui, s’inscrit dans le cadre du Programme opérationnel conjoint II (POC II) « Aar bakkan, Samm yeleff », financé par l’Union européenne.
Placée sous le thème « Jeunesse, opportunités et migration : quels messages pour un avenir au Sénégal ? », l’initiative vise à lancer une campagne nationale de communication fondée sur des messages crédibles et adaptés aux réalités du pays afin de changer les perceptions autour de l’émigration clandestine et de renforcer la prise de conscience des jeunes.
Intervenu dans un contexte marqué par un chômage élargi estimé à 19 % au deuxième trimestre 2025, atteignant 24 % chez les jeunes, l’atelier réunit près d’une centaine d’acteurs issus des institutions publiques, des médias, de la société civile, du monde universitaire, du secteur culturel, ainsi que des migrants de retour et des partenaires techniques et financiers autour de la diversification des narratifs, la lutte contre la désinformation, la valorisation des opportunités locales et la promotion des voies de migration régulière.
Prenant la parole au nom de l’Union européenne, la cheffe de coopération, Nathalie Bazard, a souligné que derrière les statistiques migratoires se cachent avant tout « des histoires individuelles, des familles, des aspirations et des espoirs ». Selon elle, les jeunes qui envisagent le départ recherchent principalement « des opportunités, un emploi, une formation et les moyens de construire un avenir meilleur ».
Tout en rappelant les drames humains liés aux parcours migratoires clandestins, elle a insisté sur la nécessité d’agir sur les causes profondes du phénomène. « Notre responsabilité collective ne consiste pas seulement à informer sur les risques, elle consiste aussi à agir sur les causes profondes du phénomène et à renforcer les perspectives offertes aux jeunes », a-t-elle déclaré.
Pour Nathalie Bazard, la campagne doit promouvoir « une autre narration », fondée sur les réussites locales et les parcours inspirants. Elle a estimé que « la jeunesse n’est pas un défi à gérer. Elle est une force à accompagner », avant d’inviter les jeunes à construire leur avenir sur « leurs talents, leurs compétences et leur engagement », plutôt que sur « les illusions entretenues par les passeurs ».
Représentant le ministre de l’Intérieur, le contrôleur général de police Dr Modou Diagne, secrétaire permanent du Comité de lutte contre la migration irrégulière, a rappelé que si la migration est un phénomène humain ancien, les départs irréguliers continuent d’exposer de nombreux candidats à « l’exploitation, aux violences, à la traite des personnes et aux pertes en vies humaines ».
Estimant qu’« il faut bannir le tout-sécuritaire », il a plaidé pour une réponse globale reposant sur la prévention, l’information, la création d’opportunités et la promotion d’alternatives crédibles.
Le contrôleur général de Police a mis en avant les premiers résultats de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière, avec une baisse des arrivées de Sénégalais aux Canaries, passées de 9 554 en 2024 à 4 918 en 2025. Il a également évoqué l’interpellation de 6 662 migrants, le déferrement de 309 convoyeurs et l’arraisonnement de 63 embarcations.
Pour autant, Dr Modou Diagne a appelé à maintenir la vigilance face à la persistance des tentatives de départ. « L’heure n’est plus à l’émiettement des initiatives », a-t-il averti, plaidant pour une coordination renforcée autour du Centre de collecte et d’analyse des données sur la migration. Il a également insisté sur la nécessité de territorialiser davantage les actions de sensibilisation afin que les messages élaborés soient « contextualisés, ciblés et porteurs d’espoir concret » pour les jeunes dans toutes les régions du Sénégal.
Ousmane GOUDIABY









