
Dans le cadre de la conférence régionale « Changer ou périr », organisée par le think tank AfrikaJom Center à l’occasion du cinquantenaire de la CEDEAO, une série de panels a rythmé la journée du jeudi 19 juin.
Le premier, consacré à la souveraineté sécuritaire dans l’espace régional, a mis en lumière la nécessité d’une réponse coordonnée aux menaces que représentent l’extrémisme violent et la criminalité transfrontalière.
Intitulé « Défis de la souveraineté sécuritaire régionale : mutualisation et coordination des moyens », ce panel a permis aux participants de dresser un diagnostic des enjeux actuels et d’explorer des pistes d’actions plus efficaces. Pour Alioune Tine, fondateur d’AfrikaJom Center, l’un des blocages majeurs réside dans le clivage entre souveraineté nationale et ambitions d’intégration régionale. « Les pays de la CEDEAO priorisent leur sécurité comme une affaire nationale, reléguant l’aspect communautaire au second plan », analyse-t-il.
Autre point soulevé par l’ex-président de la RADDHO : l’absence de coordination avec des pays clés comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, qui affaiblit la surveillance des frontières et disperse les efforts régionaux. À cela s’ajoute, selon lui, l’« absence d’État » dans certaines zones, favorisant tous types de trafics. « Là où l’État est faible, les trafiquants de drogue opèrent parfois avec les djihadistes, qui en tirent profit pour déstabiliser les institutions », déplore-t-il.
Face à cette multiplicité de crises -politique, sécuritaire, économique- Alioune Tine appelle à la construction d’approches globales. « Il faut des stratégies pour la paix, pour le développement, et en même temps, lutter contre le djihadisme », plaide-t-il. D’où sa proposition d’instaurer une conférence des ministres de la Défense, à l’instar de celle des chefs d’État. « Nos ministres de la défense et ceux de l’AES doivent se parler, réfléchir à une action concertée », insiste-t-il.
Mais au-delà de la seule réponse militaire, le fondateur d’AfrikaJom Center défend le recours au dialogue. « Ces guerres asymétriques ne peuvent être gagnées par les armes seules. Il faut des dialogues intercommunautaires », suggère-t-il. Il appelle également à renforcer les institutions nationales, en évitant leur technocratisation excessive : « Pour être fortes et crédibles, elles doivent s’enraciner dans la réalité sociale. »
Enfin, Alioune Tine exhorte les États à développer leurs propres lectures géopolitiques et géostratégiques, dans le cadre de partenariats plus adaptés aux réalités sécuritaires. Il invite à « revoir les priorités, affiner les stratégies, mieux tenir compte de la dimension transnationale des menaces et soutenir les pays en crise, y compris militairement. »
Prenant la suite, Oumar Ndongo, membre du comité scientifique de la Chaire UNESCO « Éducation en prison », a regretté l’inefficacité des outils de prévention, à l’image du système ECOWARN. Selon lui, la CEDEAO doit renforcer son rôle en matière de « sécurité collective », en ayant non seulement la responsabilité de prévenir les conflits, mais aussi les moyens d’agir à l’intérieur même des États
Ousmane GOUDIABY










