
À l’ouverture du Forum ouest-africain de la conformité 2026, tenu hier lundi à Saly-Portudal, le Directeur général du GIABA, Edwin David Harris Jr, a exprimé la nécessité d’adapter les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux aux défis posés par l’explosion des services financiers digitaux. Une mise en garde qui résonne alors que plusieurs pays de la région, dont le Sénégal, viennent de sortir de la « liste grise » du GAFI.
Le constat est sans appel : les innovations technologiques qui dopent l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest sont aussi une porte d’entrée pour de nouvelles formes de criminalité financière. Face à cette réalité, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) a lancé, lundi à Saly-Portudal, un appel solennel à l’avènement d’une « nouvelle culture de la conformité ».
« La conformité ne peut plus se limiter à l’application mécanique des règles. Elle doit désormais intégrer les risques liés à la digitalisation des services financiers », a déclaré Edwin David Harris Jr, Directeur général du GIABA, à l’ouverture du Forum ouest-africain de la conformité. Devant un parterre de banquiers, assureurs et opérateurs de monnaie électronique, il a rappelé que les responsables de conformité constituent la « première ligne de défense » contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Cette édition 2026 est marquée par le témoignage du Nigeria, récemment rayé de la « liste grise » des juridictions sous surveillance renforcée. Conseillère spéciale du Gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Shola Phillips a expliqué que cette sortie n’est pas le fruit du hasard. « Il ne s’agit plus de cocher des cases, mais de s’assurer que les dispositifs annoncés produisent effectivement des résultats », a-t-elle insisté. Pour Abuja, la priorité est désormais une supervision basée sur les risques, la gouvernance et les résultats, abandonnant la simple vérification administrative des procédures.
Présente à la tribune, la Secrétaire générale de la CENTIF, Khadija Faye Fall Diop, a salué les avancées notables de plusieurs pays ouest-africains. Elle a mis en lumière le cas du Sénégal, sorti de la liste grise en octobre 2024, après un alignement « historique » sur les standards internationaux. Parmi les réformes phares : l’adoption d’une trentaine de textes, la création du Pool judiciaire financier (PJF) ou encore le renforcement des capacités opérationnelles de la CENTIF.
Toutefois, la responsable a alerté sur l’essor de la finance digitale. « L’inclusion financière est un progrès, mais elle crée des vulnérabilités que les réseaux criminels n’hésitent pas à exploiter. L’enjeu est d’encadrer ces innovations pour préserver l’intégrité de nos systèmes financiers », a-t-elle prévenu.
Les débats ont abouti à un consensus : la lutte contre la finance illicite exige une coopération permanente entre États, régulateurs et secteur privé. Les participants ont pris l’engagement, à l’issue du Forum, de diffuser les bonnes pratiques acquises pour renforcer la résilience des systèmes financiers ouest-africains. Une nécessité, alors que les menaces émergentes ne connaissent pas de frontières.
Samba Niébé BA









