
Invité de l’émission Objection sur Sud FM hier dimanche 17 mai, Mamoudou Ibra Kane a livré des confidences que lui aurait faites feu Mamadou Badio Camara. Troisième mandat, système de parrainage, accusations de corruption au sein du Conseil constitutionnel. L’auteur de Troisième alternance au Sénégal : mon double regard revient sur les dessous de la crise préélectorale de 2024 et relance le débat sur les réformes institutionnelles au Sénégal.
Face au journaliste Baye Omar Guèye, Mamoudou Ibra Kane a révélé avoir rencontré Mamadou Badio Camara quelques mois avant son décès. Une rencontre durant laquelle le défunt président du Conseil constitutionnel serait revenu sur plusieurs épisodes sensibles ayant marqué la présidentielle de 2024, notamment la validation de certaines candidatures et l’invalidation d’autres dossiers.
« Nous sommes revenus un peu sur cette séquence », a expliqué l’ancien directeur de presse, évoquant les fortes tensions politiques qui avaient entouré le processus électoral, mais aussi les accusations visant deux membres du Conseil constitutionnel, Cheikh Tidiane Coulibaly et Cheikh Ndiaye, accusés de corruption par le Parti démocratique sénégalais et son candidat Karim Wade.
Le parrainage au cœur des réformes
Selon Mamoudou Ibra Kane, Mamadou Badio Camara reconnaissait lui-même les limites du système de parrainage citoyen instauré dans le processus électoral sénégalais. L’ancien président du Conseil constitutionnel estimait que cette mission de vérification technique ne devait plus relever directement de l’institution.
« Il faut décharger le Conseil constitutionnel de cette tâche presque subalterne », aurait confié le haut magistrat. Une mission qu’il qualifiait de « fastidieuse » et qui pourrait, selon lui, être transférée à une autre structure spécialisée.
Pour Mamadou Badio Camara, le Conseil constitutionnel devait davantage se consacrer à ses missions essentielles : le contrôle de la constitutionnalité des lois, la régulation des institutions et l’arbitrage des conflits entre les pouvoirs exécutif et législatif.
Mamoudou Ibra Kane a d’ailleurs établi un lien entre ces confidences et les projets de réformes institutionnelles actuellement envisagés au Sénégal, notamment la création d’une Cour constitutionnelle dotée de compétences élargies.
Les confidences sur le troisième mandat
L’un des moments les plus marquants de l’entretien est relatif à la question du troisième mandat présidentiel, sujet qui a profondément secoué la scène politique sénégalaise ces dernières années.
Selon Mamoudou Ibra Kane, Mamadou Badio Camara lui avait révélé, plusieurs mois avant sa déclaration publique en France, qu’un avis lui avait effectivement été demandé par le président sortant sur la possibilité d’une nouvelle candidature.
La réponse du Conseil constitutionnel aurait été catégorique : « Non, vous n’avez pas droit à un troisième mandat ».
L’écrivain souligne que ces confidences lui avaient été faites dès juillet ou août 2024, soit plusieurs mois avant le décès du magistrat. Pour lui, cette déclaration constitue une révélation majeure dans la compréhension des événements politiques récents.
« Cette histoire de corruption n’a jamais existé »
Interrogé également sur les accusations de corruption qui avaient secoué le Conseil constitutionnel durant la période préélectorale, Mamoudou Ibra Kane affirme que Mamadou Badio Camara avait rejeté en bloc ces allégations.
Le défunt président du Conseil constitutionnel aurait notamment défendu « la probité morale » des magistrats mis en cause, tout en assurant que les accusations portées contre eux étaient infondées.
Il aurait également tenu à préciser que Amadou Ba, accusé par certains d’être impliqué dans une tentative de corruption, n’avait été rencontré que « deux ou trois fois dans un cadre strictement républicain ».
« Cette histoire de corruption n’a jamais existé », aurait insisté Mamadou Badio Camara, selon les propos rapportés par Mamoudou Ibra Kane dans son ouvrage.
Un « testament institutionnel »
Pour le président du mouvement Demain C’est Maintenant, les confidences de l’ancien président du Conseil constitutionnel doivent être perçues comme un véritable « testament institutionnel ».
« Il faut lire avec la tête ce que le président Badio Camara a laissé au Sénégal comme confidences », a-t-il déclaré, appelant à une réflexion approfondie sur les réformes du système électoral et le fonctionnement des institutions.
À travers ces révélations, Mamoudou Ibra Kane relance ainsi le débat sur la transparence électorale, le rôle du Conseil constitutionnel et les leçons à tirer de la crise politique ayant précédé l’élection présidentielle de 2024 au Sénégal.
Ousmane GOUDIABY









